Bilan (honnête) du Service Volontaire Européen

Vous le savez, je suis partie une année pour réaliser un SVE en Écosse. Pour l’expliquer en quelques mots : c’est un programme Erasmus+ qui permet aux jeunes entre 17 et 30 ans de partir faire du volontariat à l’étranger au sein de structures non gouvernementales.

J’ai manqué le rendez-vous des grands romans sur ce blog. Mais cela me laissera le temps d’écrire un peu sur l’Écosse alors que je suis désormais rentrée en France. Je ferai glisser le plaisir encore un peu.

Mes premiers pas à Glasgow, c’était il y a un an. Je vous propose maintenant mon témoignage de SVE. Evidemment, chaque SVE sera différent et ce récit n’est qu’un parmi tous les possibles.

Avant le départ : pourquoi partir ?

voyage

Ma situation avant mon départ était la suivante : jeune diplômée, j’étais salariée dans le domaine de la communication web depuis moins d’un an. À la fin d’un contrat de travail, je décide d’en profiter pour partir à l’étranger. Je connaissais le SVE, je me renseignais sur le sujet depuis plusieurs mois. Je tombe par hasard sur une offre de SVE à la dernière minute, suite à un désistement. Les missions proposées : un poste dans la communication dans une petite ONG à Glasgow. La synchronicité de cette opportunité avec mon désir d’ailleurs (notamment d’Écosse) et ma situation personnelle me semble être parfaite, je décide donc de partir. Une routine bien établie à Paris me fait hésiter. Je me souviens avoir griffonné une liste de pour et de contre à ce départ. Je voulais principalement partir pour améliorer mon anglais, me lancer un défi et pour vivre une expérience à l’étranger que je fantasmais depuis bien longtemps. J’avais également à coeur de travailler dans un contexte associatif afin de comparer ce contexte de travail à celui que je connaissais en entreprise. Puis au fond, j’avais le sentiment qu’il ne pouvait rien m’arriver de trop grave. Je le sentais, c’était « maintenant ou jamais ».

La vie ailleurs (dans un cocon)

Les langages de la colocation
Les langages de la colocation

Au départ, c’est vrai, les premiers mois ont la couleur des promesses. Je dirais que c’était le temps de l’observation délicieuse et déroutante de ne pas être à la maison. Tout est nouveau, tout est tellement différent ! Je me souviens d’un premier mois très épuisant, avec ce cerveau qui fait la gymnastique pour comprendre la langue et qui parfois capitule car il n’en a juste pas envie. Comme le contexte du SVE le veut, j’étais clairement dans un petit cocon international. Je vivais avec mes collègues internationaux SVE, dans une grande maison meublée. Les journées étaient donc très souvent les mêmes : travail à l’association et vie sociale avec les collègues. Les week-ends étaient sous le signe des balades, des musées et des découvertes. J’avais également ce qu’on appelle « un mentor », une personne choisie par l’association pour m’aider à m’intégrer et me suivre tout au long de cette année SVE. J’ai vite tissé une relation forte avec elle et j’appréciais la rencontrer mensuellement pour faire le bilan sur ma vie outre-Manche. Chaque SVE dispose normalement de cet accompagnement, un moment privilégié pour réfléchir sur sa vie quotidienne, l’organisation de son temps, ses buts personnels, etc. Le fameux « cocon SVE », c’est aussi deux séminaires organisés avec l’ensemble des SVE du pays : à l’arrivée et au milieu de l’expérience. Un moment très intéressant pour rencontrer des personnes dans la même situation que soi !

Les activités : attentes vs réalité

Au niveau du travail, pas trop de surprise. Avant de partir, j’avais été en contact avec l’équipe et je savais que j’aurais des missions de communication : rédaction de contenus, design de brochures, mise à jour du site internet, organisation d’évènements promotionnels. Des choses que je sais faire (en français, tout du moins). Ce qu’on ne peut pas anticiper, par contre, c’est le cadre de la mission : qui manage, dans quelle situation se trouve la structure (notamment financière), la connaissance très poussée ou non des obligations propres au programme SVE, les bureaux, quel degré d’indépendance on vous laissera. À bien noter qu’un SVE ne doit pas se substituer à un poste salarié, évidemment. Libre à vous, ensuite, de tirer le maximum de cette expérience en vous y investissant beaucoup, ou non. Au niveau de mes attentes par rapport à la réalité, j’ai pu faire face à des problèmes liés à l’organisation de l’association. Elle souffrait en effet de problèmes structurels et d’un grand turn-over dû à la précarité des financements pour les projets que nous encadrions. Au quotidien, cela se traduisait par un manque de budget pour mener à bien des idées, l’absence d’encadrement bien clair et la solitude, parfois. Ces contrariétés ne sont pas à négliger car elles peuvent bien évidemment bouleverser une expérience SVE. Un conseil donc : essayez de glaner toutes les informations possibles de la part des anciens SVE dans l’association. Attendez vous aussi, à ce décalage entre les attentes et le projet sur le papier par rapport la réalité sur le terrain. Dans tous les cas, il est indéniable qu’évoluer dans ce contexte associatif (qui m’était inconnu), d’autant plus au Royaume-Uni, a été une expérience riche d’apprentissages. En plein milieu de mon SVE, la tête dans le guidon, j’avais du mal à cerner ces apprentissages. Avec du recul, le sentiment d’accomplissement fait prendre conscience de beaucoup de choses.

Trouver l’équilibre puis rencontrer des gens

Glasgow, of course !
Glasgow, of course !

La tête en France (pour l’amour, les problèmes personnels, familiaux, amicaux…) et SVE ne font pas bon ménage. Comme tout départ à l’étranger, il faut savoir mettre de côté « sa vie d’avant » pour pouvoir profiter pleinement de sa vie « ici ». J’ai longtemps recherché cet équilibre, cette « balance » et cela a été l’exercice le plus difficile pour moi. Il est bien tentant, après une journée de travail – en anglais – de rentrer et de téléphoner – en français – à l’amoureux ou à des amis. Mais il faut aussi savoir se faire violence pour sortir de ce schéma et chercher à s’intégrer à sa communauté en dehors de l’association. Le processus d’intégration prend du temps. En tant que SVE, on n’est pas étudiant, et pas vraiment un professionnel comme les autres. Les soirées étudiantes sont donc moins faciles d’accès. Mes conseils pour s’intégrer (au Royaume-Uni en tous cas), on peut par exemple : faire du sport, rejoindre des groupes linguistiques ou faire des tandem linguistiques, faire du volontariat dans une autre association, utiliser l’application Meetup ou encore travailler dans un charity-shop (des petites pépites de magasin seconde main qui recherchent constamment de la main d’oeuvre)… Tous les moyens sont bons pour faire des rencontres et éviter la solitude (si la solitude est un problème pour vous, bien sûr).

Quel budget pour partir ?

Le volontaire en SVE est nourri, logé, assuré tout au long de sa mission et dispose également d’argent de poche proportionnel au niveau de vie du pays (230£/ mois dans mon cas). Le transport en commun était aussi remboursé et fort heureusement car les transports sont très chers au Royaume-Uni. Je n’avais par contre pas un budget alloué pour la nourriture mais de la nourriture gratuite parfois. Alors… Pour une vie sociale citadine, sportive, pour faire des explorations le week-end et pour rentrer en France parfois aussi… Pas de doute, j’ai évidemment dû utiliser de l’argent que j’avais de côté. Et j’avoue être un peu sceptique sur la possibilité de profiter vraiment à fond d’une expérience SVE pour voyager dans le pays sans avoir un peu d’argent de côté. Mais pour un SVE, la débrouille est possible et plus que recommandée (faire du stop, CouchSurfing, dénicher les activités gratuites…) ! Vous deviendrez bien vite expert dans ce domaine.

Le SVE, oui mais…

Découverte Écosse

J’ai rapidement commencé à tirer la conclusion que le SVE est un excellent dispositif pour une personne qui n’a jamais travaillé et/ou est en césure pendant ses études. Je pense que c’est le moment idéal pour le faire. En effet, c’est un bon tremplin après/pendant des études, pour se laisser le temps de réfléchir et de grandir avant de travailler. En lisant des témoignages sur le net, j’avais été frappée par ces témoignages brillants n’évoquant que rarement les « problèmes » du SVE. Je pense qu’il faut bien garder en tête que comme toute expérience, ce sera parfois difficile. Lors des séminaires organisés au Royaume-Uni avec tous les SVE du pays, je me suis rendu compte que tous les projets étaient différents. Certains travaillaient dans le secteur culturel, d’autres pour la Croix rouge, d’autres dans des petites fermes… Bref, il y a vraiment une diversité incroyable ! En discutant avec les autres SVE, on voit quels problèmes ils peuvent avoir à gérer : une absence de soutien dans leur association, pas de tâches précises assignées, l’ennui, un sentiment d’isolement au fin fond de l’Angleterre, la vétusté d’un appartement… En effet, on ne choisit pas où l’on va vivre, et l’on peut avoir tendance à se sentir étroitement lié à son projet dans son organisation. Surtout si le projet se déroule dans une toute petite communauté au fin fond de la campagne. Il faut donc avoir conscience que le choix du projet est capital et également où il se situe (plutôt campagne vs ville). On y passe beaucoup de temps et c’est souvent ce projet qui va nous permettre d’appréhender le pays dans lequel on « s’expatrie ». Un point à considérer est aussi la longueur du SVE. Pour moi, un an a été très long car j’ai rapidement eu le sentiment d’avoir fait le tour de la mission. Peut-être qu’une mission de 9 mois aurait été plus adaptée pour mes attentes.

Quel avenir après le SVE ?

J'ai marché sur les pas de William Wallace !J’ai marché sur les pas de William Wallace !

Il me restera une certaine forme « d’humilité » suite à ce voyage car on remet à zéro des valeurs et des certitudes que l’on a pu avoir sur notre façon de vivre, de travailler et d’interagir avec les gens. Il est très facile au départ de critiquer son nouveau pays ou au contraire de l’encenser, mais une fois passé le « choc culturel », on s’aperçoit vite qu’on est pas si différents. J’ai donc arpenté un pays magnifique, fait des rencontres insolites dans des bus ou des auberges de jeunesse, donné des conférences en anglais, participé à un beau projet porteur d’espoir pour les jeunes écossais (malgré le Brexit…), développé de nouvelles compétences professionnelles, rencontré des gens d’un peu partout et de milieux vraiment différents. J’ai grandi en dehors de mon cadre de vie classique. Si je le recommande ? OUI ! Mais comme je ne suis jamais noire ou blanche, je dirais OUI mais c’est un programme qui ne conviendra pas forcément à tout le monde. Certains de mes amis SVE sont restés pour trouver du travail à Glasgow, d’autres envisagent aussi de rester au Royaume-Uni quand certains ont profité de cette année pour remettre en cause leurs choix professionnels. En somme, le SVE peut répondre à certaines questions et ouvrir des portes. On peut aussi être très heureux d’avoir ouvert la porte de l’expatriation et avoir apprécié profiter de sa citoyenneté européenne. Puis, finalement refermer cette porte un moment, le temps de se construire son chez soi, en France. 😉

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2 réponses sur “ Bilan (honnête) du Service Volontaire Européen ”
  1. Bilan très détaillé et bien écrit !
    Je pense que beaucoup d’expériences à l’étranger vont dépendre plus des gens qui vont nous entourer que du reste.
    Je voulais tenter le SVE mais n’ayant pas réussi à trouver un projet qui m’intéressait et dont l’association voulait de moi, j’ai laissé tomber.

    1. Merci beaucoup. Tout à fait, tu as raison ! Les rencontres font sûrement beaucoup. D’ailleurs je pense que ce constat marche aussi pour un déménagement dans son pays.
      C’est marrant de voir qu’en un an nous avons eu une expérience d’expatriation très différente mais qui nous laisse toutes les deux avec des questions sur la suite et un goût de mélancolie aussi 🙂
      C’est dommage pour le SVE mais je suis sûre que ton expérience en Australie sera tout aussi intéressante.

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